Jean-Marie-Granier_1Jean-Marie Granier

À la recherche d'un vocabulaire formel exprimant l'émotion et la sensation d'un paysage, Jean-Marie Granier a peint de manière libre de grands lavis carrés qui font intrinsèquement partie de son travail sur la Camargue des années 1970-71, constitué notamment  de plusieurs suites gravées. La verticalité d'un rai de lumière ou d'herbes immergées y modulent l'horizontalité des étendues d'eau, en un jeu de signes toujours renouvelé.

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Jean-Marie Granier, Camargue, encre d'imprimerie, 80 x 84 cm, 1971  (www.jeanmariegranier.com)


Biographie

Jean-Marie Granier (1922-2007) est né dans les Cévennes à Lasalle où sa famille était établie depuis plusieurs générations. Après avoir fréquenté l'École des Beaux-Arts de Nîmes, il rejoint en 1946 les ateliers de Cami et de Galanis à l'École nationale supérieure des Beaux-Arts de Paris.

Pensionnaire de la Casa Velasquez de Madrid de 1950 à 1952, il enseigne le dessin à Nîmes de 1959 à 1976 avant de revenir en 1978 à l'École des Beaux-Arts de Paris en charge de l'atelier de gravure jusqu'en 1988. Il partage alors son temps entre Paris et le Cévennes où il a son atelier.

Élu membre de l'Académie des Beaux-Arts de l'Institut de France en 1992, il a été directeur Musée Marmottan-Monet de 2000 à 2007.

 

Une œuvre vaste et libre

L’œuvre de Jean-Marie Granier s’étend sur plus d’un demi-siècle. Des premiers travaux de 1946 aux ultimes créations de 2007, elle compte près de trois mille gravures au burin et à la pointe sèche, ainsi que plusieurs centaines de dessins à la mine de plomb et de lavis.
D’une très grande diversité thématique et formelle, elle s’est délibérément tenue à l’écart du public, à la fois attentive aux interrogations de l’art de son temps et conduite dans la plus entière liberté intellectuelle.

Le noir et le blanc

« J’ai choisi le dessin, dit Jean-Marie Granier, c’est-à-dire le blanc et le noir ». La volonté de faire abstraction de la couleur des choses ne traduit pas une vision austère ou appauvrie du monde. Elle favorise au contraire l’élaboration d’un langage d’autant plus apte à célébrer le réel qu’il se dégage de sa présence immédiate. Il faut voir dans cet allègement une des conditions du lyrisme d’une œuvre toujours porteuse des émotions de son auteur.

Signes du monde et monde des signes

Mais pour Jean-Marie Granier, dessiner ou graver ce n’est pas décrire le monde, c’est l’écrire. C’est trouver le langage qui rende compte des échos intérieurs qu’il fait naître. Or le monde est lui-même une écriture que dissimulent ses formes mêlées : « Les branches entrelacées des arbres du parc ne sont plus quelque chose de végétal, mais un langage qui s’écrit ».
Il faut alors savoir « lire et traduire le monde dans l’infinie complexité de ses enchevêtrements. Lire les signes, s’en saisir comme on prend les mots dans un dictionnaire et leur proposer un autre destin ». L’expérience du monde passe par la rencontre d’une écriture, le graveur s’émerveillant à la fois de la présence du monde et de la réalité inédite des signes graphiques qu’il en déduit.

Un art du dévoilement

« L’idéal serait que les éléments qui me rendent unique ce que je regarde, se retrouvent par leur conjonction en un signe unique, simple, sans équivoque, dans son espace exact, à son échelle exacte ».
Jean-Marie Granier sait le pouvoir métaphorique des objets du monde. Les images qu’il nous propose sont la transposition mentale du jeu illimité de leurs associations. D’où l’impression d’évidence et d’extraordinaire justesse qu’elles produisent quand l’imaginaire combiné des signes du monde et des signes gravés opère un dévoilement inespéré, « retrouvant le réel à neuf dans son absence première de sens ».