portrait-Amadou-SANAGO_1Amadou Sanogo

Amadou Sanogo étouffe face à la violence symbolique de l’ethnographie européenne. Sans fuir la dialectique africano-européenne, il laisse toute latitude à celui qui regarde ses œuvres. Nous sommes libre d’y voir une mitraillette ou une table avec un soda, de comprendre la bouche comme un rire ou un cri de guerre, de penser la couleur noire qui couvre la moitié du personnage comme un homme à moitié noir ou à moitié blanc.

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Amadou Sanogo, l'autre, 145x195cm, peinture acrylique sur toile, 2010


Amadou Sanogo décide de libérer ses toiles des cadres inutiles et de les exposer pendues en l’air. Toiles dans l’espace, possibilité de trouver ce qui est dit d’un côté et ce qui se cache de l’autre.

Cette manière d’installer ses oeuvres montre l’intérêt de l’artiste pour le droit à la subjectivité et à la libération de la création en-dehors de la logique binaire de sa personne comme artiste et comme africain.

Pour lui, le temps présent est un “faiseur” de passé. Une thématique qu’il a explorée à travers des proverbes bambaras qui apparaissent dans ses premiers travaux. Selon lui, la sagesse populaire est une stratégie partagée qui répond à des conditionnements socio-historiques, idéologiques et épistémologiques très concrets. Son intérêt est ciblé sur les façons avec lesquelles le passé peut illustrer les conditions de «possibilités» futures du présent historique.
Ses oeuvres ont besoin de démasquer le cadre rigide de la tradition qui étouffe le comportement humain et qui rend le passé, rendu tradition, en simples emballages conceptuels, facilement interchangeables. Cette forme de standardiser le passé, cache ces «possibilités» qui pourraient avoir été présentes. Puisque il en est ainsi, la capacité de l’individu à subjectiviser sa réalité et à pouvoir donner réponses aux problématiques concrètes qui l’entourent lui est niée.

Pour Amadou, il est très important, comme artiste et comme membre actif de sa société, d’exercer sa liberté partant de son expérience du quotidien. Défendre sa subjectivité face à la tradition éthnographique européenne, qui enferme dans la tradition la société malienne. Fuir de l’opposition entre sauvage et civilisé, tradition et modernité, culture rurale et culture urbaine, et spécialement de l’intangibilité atemporelle de l’éthnique. Inverser l’équation de l’individu comme reflet du milieu social, pour être capable d’apporter la multiplicité au fait social.

En définitive Sanogo cherche à communiquer, à écouter, et à questionner le lieu de l’individu dans la société globale, constamment en renégociation, pour ce qui a été, est, et doit être. Avec la subtilité d’un calligraphe oriental.

Texte : Susana Moliner