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“Boris Eldagsen” The poems - how to disappear completely
à la galerie Le petit espace, Paris

du 19 mars au 9 mai 2015



www.lepetitespace.com

 

© Anne-Frédérique Fer, visite de l'exposition par l'artiste Boris Eldagsen, le 19 mars 2015.

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1/  2/  3/  Boris Eldagsen, The poems. © Boris Eldagsen.

 


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Interview de Boris Eldagsen,
par Anne-Frédérique Fer, à Paris, le 19 mars 2015, durée 13'51". © FranceFineArt.
(avec l'aimable traduction de Carine Dolek)

 


extrait du communiqué de presse :

 

Direction artistique : Carine Dolek
Direction : Olivier Placet




Et si l’obscurité était la juste métaphore du divin ?

L’exposition THE POEMS - how to disappear completely est la 4e exposition de notre jeune galerie,
ouverte en mai 2014.

J’ai rencontré Boris Eldagsen lors des portfolio reviews du festival de Braga, Portugal, en 2013. Il venait de remporter le prix Voies Off à Arles et j’avais trouvé son travail intrigant. Je me souviens d’avoir discuté avec lui toute la nuit, dans le dernier bar ouvert de Braga, que nous avions cherché sous une pluie diluvienne.

Le travail de Boris, que nous présentons en exposition photographique et en projection, a été une véritable découverte, une idée réjouissante de par sa transgression d’un concept aussi ancien qu’évident et la poésie de sa réalisation. La lumière est elle vraiment le bon conducteur, le bon symbole ? N’est elle pas là uniquement pour en dessiner un plus important ? Et s’il fallait voir et réfléchir par soustraction, comme dans l’art africain, plutôt que par addition ? Montrer en faisant disparaître, toucher du doigt la nature illusoire du monde, faire valser le perceptible.

Mieux que la lumière des étoiles mortes, l’espace sombre entre deux étoiles, hors d’atteinte, est exactement l’endroit de notre inconscient où Boris Eldagsen nous invite à nous promener, en pleine conscience de l’illusion sensorielle et conceptuelle de ce que nous appelons la réalité.

Carine Dolek




THE POEMS - how to disappear completely

« Souvent, les gens me demandent comment je peux être allemand et faire de telles photos. J’ai passé la porte d’une école d’art, avec mes dessins et un gigantesque amour pour la peinture, de Rembrandt à Caspar David Friedrich, Böcklin, les Symbolistes et les Surréalistes. Peter Greenaway me fascinait quand j’avais 18 ans. Mon professeur était tchèque, j’ai étudié un semestre à Prague et un autre à Hyderabad, en Inde. Vécu 8 ans à Melbourne, Australie. C’est comme ça que je suis devenu l’espèce de croisement d’influences que je suis aujourd’hui. Intéressé par la création d’images qui agissent sur le subconscient, au travers des cultures et du temps.

J’ai photographié cinq ans pendant la nuit, souvent la lune, la mer, et les femmes. Et je suis tombé sur un jardin chinois, pour réaliser que tous les éléments récurrents sont des symboles du yin. Jung voyait dans le yin une représentation de la conscience intuitive. C’est comme cela que j’ai compris quelle quête je poursuivais.

Certaines de mes images sont mises en scène, d’autres pas. Souvent on me recommande de ne pas les mélanger. Alors je demande aux gens de deviner celles qui sont posées et celles qui ne le sont pas. Ils luttent, et échouent et je leur réponds « Vous voyez, c’est pour ça que je les mélange. La réalité est fluide. »

La beauté de la photographie est que sa matière est la lumière. Et cette lumière est une métaphore, depuis l’aube de l’humanité. La lumière a toujours été une métaphore du divin, l’illumination par la pensée rationnelle, le bien ultime. Mais la lumière que nous observons émane du soleil et se reflète sur des objets. L’univers tout entier est rempli d‘objets. L’univers tout entier est rempli de lumière, mais semble sombre entre deux étoiles, parce que là il n’y a rien pour la refléter. Les trous noirs et la matière noire semblent jouer un rôle central dans l’univers. Et si l’obscurité était la juste métaphore du divin ?

J’essaie de créer des images qui sont difficiles à insérer dans un « maintenant », un pied dans le passé, un pied dans le futur et les deux mains à fouiller pour trouver des images impactantes sur le subconscient.

J’appelle mes photographies POEM, car il n’y a pas d’histoire, avec un début, un développement et une fin. Elles sont là pour que celui qui les regarde le fasse avec sa personnalité, ses sentiments, ses espoirs et sa propre histoire. Elles ne décrivent pas un aspect superficiel de la réalité, mais un aspect interne, qui ne s’adresse pas au rationnel.

Pourquoi j’ai choisi le titre « Comment disparaître complètement » comme titre générique ? Parce que le temps est flottant, tout est impermanent, et un jour, même la photographie, l’art, Michel Ange et Platon tomberont dans l’oubli. Comme moi, mon travail, et vous. C’est pour comprendre cela que je crée. »

Boris Eldagsen, en direct de la caverne de Platon.