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“The Market ” Un projet de Mark Curran
au Centre Culturel Irlandais, Paris

du 31 janvier au 2 mars 2014



www.centreculturelirlandais.com

 

© Anne-Frédérique Fer, visite de l'exposition avec l'artiste Mark Curran, le 4 février 2014.

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Légendes de gauche à droite :
1/  Mark Curran, The Normalisation of Deviance II - spectogram of soundscape in exhibition.
2/  Mark Curran, Bethlehem, Trader - Ethopian Commodity Exchange ECX, Addis Abeba, septembre 2012.
3/  Mark Curran, DeutscheBoerse, 2012.

 


texte de Anne-Frédérique Fer.

 

Le projet The Market de Mark Curran nous accueille avec une installation sonore réalisée par son frère Ken Curran, une bande son conçu comme un algorithme. Lorsque Pierre Moscovici ministre de l’Economie et des Finances prononce le mot marché, l’intensité du son augmente, le ton du projet de Mark Curran est donné. Il va nous démontrer à travers ses photographies, vidéos, objets, sons que les algorithmes engendrés par ordinateurs prennent le pas sur l’homme et supervisent le marché.

Quand on est photographe, comment aborder le monde du marché ? Mark Curran a travaillé comme un anthropologue, a décrypté les codes, ouvert des portes même si beaucoup sont restées fermées. Il lui a fallu du temps, de la patience et beaucoup de négociations pour réaliser les portraits de ces traders et recueillir leurs témoignages. Les portraits sont généralement réalisés à l’extérieur, dans des lieux non identifiables avec une mise en scène identique : même cadrage, même position du corps, même rigidité. La peur d’être reconnu, de perdre sa place est palpable. Il n’y a que la Bourse de marchandises d’Ethiopie à Addis-Abeba qui se laisse légèrement découvrir.

Quand on parcourt l’exposition, on regarde ces portraits, ces vidéos et on s’arrête autour des tables pour consulter les dossiers qui contiennent les témoignages des traders. On a la sensation de se trouver dans une salle de marché, un marché fictif, comme dans un musée. C’est une mise en scène, comme celle qu’à découverte Mark Curran lors de ses rencontres. Les véritables salles de marché ne sont pas visibles. On ne vous montre jamais la réalité. À la fin de l’exposition, on retrouve le son du début. L'algorithme est cette fois visuel, un spectrogramme trace le rythme auquel Pierre Moscovici utilise le mot marché.

Cette installation nous démontre d’une façon effrayante à quel point les hommes sont remplacés par les machines, ces robots qui génèrent le marché et le cours de nos vies.

Anne-Frédérique Fer

 


extrait du communiqué de presse :

 

« … ce que les gens ne comprennent pas… c’est que ce qui se passe sur les marchés est crucial dans leurs vies… non pas en périphérie, mais là, en plein coeur. » (Extrait d’une conversation avec un trader anonyme d’une banque d’investissement londonienne, février 2013)

Rendre visible les fonctionnements des marchés financiers et des matières premières au-delà du parquet de la Bourse : voilà le défi relevé par l’artiste Mark Curran dans cette installation qui s’articule autour de photographies, films, objets contextuels, sons et témoignages oraux. De Dublin à Londres, de Francfort à Addis Abeba, il s’est concentré sur les individus qui travaillent au coeur du capitalisme mondial, révélant ainsi des histoires humaines au sein d’un système des plus complexes.



The Market – Un projet de Mark Curran :

Le concept de marché est devenu de plus en plus abstrait et intangible. Les algorithmes (des procédures mathématiques qui analysent les modèles de données) génèrent désormais des instructions automatiques pour l’achat et la vente – environ 80% du commerce américain est ainsi aujourd’hui effectué par ce biais. « Le marché est moins une affaire de lieu qu’une affaire d’immatérialité en ligne. Cela suggère que le capital n’a pas d’identité nationale et qu’il cherche, dans sa forme actuelle, à être apatride », affirme Mark Curran.

Toutefois, le désir de l’artiste d’extraire du marché les histoires humaines exigeait d’infiltrer ses sites physiques. Après de longues négociations (jusqu’à 18 mois), Curran a eu accès à la Bourse irlandaise de Dublin ; aux centres financiers de Canary Wharf et de la City à Londres ; à la Deutsche Börse de Francfort et à la récente Bourse de marchandises d’Ethiopie à Addis-Abeba, la plus jeune bourse au monde dont le modèle financier est – et c’est remarquable – sans but lucratif.

Pour cette exposition, Mark Curran restitue le marché à travers différents dispositifs. A la manière d’un ethnographe, il expose des portraits à taille humaine ou presque qui, littéralement, « mettent un visage » sur un système où les hommes sont remplacés par des ordinateurs à un rythme vertigineux. Ses sujets sortent du bourbier et deviennent des joueurs solitaires, dignes, conscients de leur situation.

Des transcriptions de nombreux entretiens avec divers traders et une installation audiovisuelle intitulée The Normalisation of Deviance complètent l’exposition. L’installation met en place un paysage sonore, une vidéo et les spectrogrammes du matériel audio créé en appliquant des algorithmes visant à identifier l’utilisation, par le ministre français de l’Economie et des Finances Pierre Moscovici, du mot « marché » dans les discours officiels depuis son entrée en fonction. Pour Mark Curran, voici « le son qui définit le marché, le son du Capital qui circule via le conduit de l’Etat-nation. »



Mark Curran vit et travaille entre Berlin et Dublin. Il est maître de conférences en photographie au Dun Laoghaire Institute of Art, Design and Technology de Dublin. Il est également professeur invité en anthropologie visuelle et média à la Freie Universität de Berlin. En tant qu’artiste, Curran a démarré un cycle de projets à long terme en Irlande et en ex-Allemagne de l’Est, abordant le contexte ‘prédateur’ né de l’impact des migrations et des flux de capitaux internationaux. Son travail a fait l’objet de nombreuses expositions : DePaul Art Museum, à Chicago (2010), Xuhui Art Museum, à Shanghai (2010), Encontros da Imagem, à Braga (2011), PhotoIreland, à Dublin (2012) et la biennale FORMAT, à Derby, en Angleterre (2013).
Algorithmes et design sonore : Ken Curran